Monbars l'Exterminateur

Daniel Monbars, l'exterminateur
NomDaniel Monbars (ou Montbars)
SobriquetMonbars l'exterminateur, Monbars le destructeur
OrigineFrance, région du Languedoc. 1645, - 17??
Navires?
FréquentationsAlexandre Olivier OExmelin
Fin de carrièreDisparaît sans laisser de traces




Parmi les chefs flibustiers qui s'illustrèrent contre les Espagnols, en cette fin du XVIIè siècle qui marque l'apogée de leur histoire, quelques figures se détachent avec un relief particulier. Il n'en est pas de plus intéressante que celle du jeune Monbars surnommé l'Exterminaleur.

Qui était Monbars l'exterminateur ?


Il était d'une famille noble du Languedoc. Nature ardente, généreuse, il avait lu au collège l'histoire de la conquête de l'Amérique, les écrits de Las Casas, et son imagination s'était enflammée au récit de tant de massacres, de cruautés, de brigandages commis par les Espagnols.
On conte qu'à l'occasion d'une fête un rôle lui avait été confié dans une comédie. I1 représentait un gentilhomme français et, dans une scène, donnait la réplique à un seigneur espagnol qui, avec force rodomontades, glorifiait sa nation et témoignait son mépris à la France. Vint le jour de la représentation. Quand le jeune Monbars, plus ardent encore que de coutume, entendit l'Espagnol répéter en public ses insolents propos, il ne put retenir sa fureur : il se précipita sur celui de ses camarades qui tenait ce rôle, le saisit à la gorge et l'eût infailliblement étranglé — car il était d'une force peu commune — si l'on ne se fût empressé d'accourir et de délivrer le malheureux acteur des mains de son terrible partenaire.

Plus tard, Monbars apprend que la guerre est déclarée entre la France et l'Espagne. I1 s'échappe de la maison paternelle et va rejoindre au Havre un de ses oncles, capitaine dans la marine du roi. L'oncle fut frappé de sa détermination, et le jeune homme partit, ivre de joie, sur le navire qui allait en course contre la marine espagnole.
A peine apercevait-on un vaisseau à l'horizon que Monbars, qui ne tenait pas en place, demandait s'il était espagnol. Enfin, en voici un en vue. Les Français lui donnent la chasse. Monbars était dans un tel état d'excitation, que son oncle dut le faire enfermer dans sa cabine, craignant les imprudences que sa témérité allait sans aucun doute lui faire commettre. Après quelques coups de canon échangés de part et d'autre, le vaisseau français aborde l'ennemi. Dans sa cabine, Monbars était comme un lion en cage. Enfin il a enfoncé la porte. Le voilà sur le pont, l'épée en main il a sauté à bord du navire espagnol, et, de droite et de gauche, frappe, transperce, massacre : dès le premier moment il apparut, vraiment comme un fléau d'extermination.

OExmelin, qui l'a connu, a laissé son portrait :


      Il était vif, alerte et plein de feu, comme sont tous les Gascons. Il avait la taille haute, droite et ferme, l'air grand, noble et martial, le teint basané. Pour ses yeux, on n'en saurait dire. ni la forme, ni la couleur, car ses sourcils, noirs et épais, se joignaient en arcade au-dessus et les couvraient presque entièrement, en sorte qu'ils paraissaient cachés comme sous une voûte obscure. On voit bien, conclut OExmelin, qu'un homme fait de cette sorte ne peut être que terrible. Aussi dit-on que, dans le combat, il commençait à vaincre par la terreur de ses regards et qu'il achevait par la force de son bras. »

Seuls l'extermination des espagnols intéresse Monbars


Daniel Montbars, l'exterminateur Il se trouvait que le vaisseau que l'on venait de prendre était, richement chargé : trente mille balles de toile de coton, des tapis précieux des Indes, deux mille balles de soie ; et, ce qui représentait une valeur immense, une cassette remplie de diamants bruts, dont quelques-uns avaient la grosseur d'un bouton d'habit. L'oncle était ravi. Mais Monbars ne pensait qu'à tous les Espagnols qu'il venait d'exterminer. Il en avait comme une ivresse. Son coeur se dilatait à la pensée de la vengeance assouvie. Et déjà il rêvait de nouveaux massacres, pour châtier la race féroce qui avait égorgé ces Indiens vers lesquels allaient toutes ses sympathies.
On approcha de Saint-Domingue. L'oncle de Monbars avait appris de plusieurs matelots du vaisseau capturé que deux autres navires devaient arriver, à quelques jours de distance, en suivant le même parcours. Il résolut de les attendre.
Tandis que le bâtiment mouillait ainsi en vue de la côte, on vit s'approcher quelques barques, dont les rameurs paraissaient faire diligence. C'étaient des boucaniers, qui venaient offrir à l'oncle de Monbars des paquets de chair de sanglier fumé, d'une jolie couleur vermeille et d'un goût savoureux. En échange, on leur donna de l'eau-de-vie.
Au cours de la conversation, les boucaniers s'excusèrent d'apporter du sanglier en si petite quantité : mais, depuis quelque temps, les cinquantaines espagnoles détruisaient tous leurs boucans.
      Et pourquoi le souffrez-vous ? dit le jeune Monbars frémissant de colère.
     Nous ne le souffrons pas, répliquèrent les boucaniers avec non moins de vivacité, et les Espagnols savent bien qui nous sommes ; aussi ont-ils pris le temps que nous étions à la chasse ; mais nous allons nous joindre à plusieurs de nos camarades, qu'ils ont encore plus maltraités que nous, et leur cinquantaine fût-elle devenue centaine et même millier, nous en viendrons à bout.
     - Si vous le voulez, dit Monbars, je marcherai à votre tête, non pour vous commander, mais pour m'exposer le premier. »
En dépit pourtant, de cette réserve modeste, le jeune homme avait un tel air de supériorité et de commandement que les boucaniers l'acceptèrent pour chef tout aussitôt.
Et il quitta son oncle, lui promettant de le rejoindre avant son départ : le temps de tuer une quantité raisonnable d'Espagnols, et il reviendrait prendre sa place sur le bateau.
A peine à terre, dans une savane brûlée que bordaient au loin des bois de mangles, Monbars aperçut une troupe de cavaliers espagnols, armés de leurs longues lances. Ils étaient arrivés à la nouvelle du rassemblement des boucaniers. Déjà le jeune homme allait fondre sur eux sans réfléchir à la disproportion des forces, quand un vieux boucanier lui dit :
      Attendez, cher monsieur, nous allons avoir tous ces gens-là sans qu'il en échappe un seul. »
Sans qu'il en échappe un seul ! Monbars frémissait de joie.
Le vieux boucanier fit dresser dans l'herbe les tentes de toile que ses compagnons et lui portaient en bandoulière. Puis, sur son ordre, apparaissent les flacons d'eau-de-vie, et la troupe tout entière de se mettre à boire avec des rires et des chants joyeux, comme si elle ne se doutait pas du voisinage des ennemis.
Ceux-ci pensent que suivant leur coutume, les boucaniers, après avoir fait ripaille, s'endormiront bientôt dans l'ivresse, et ils attendent le moment favorable pour les égorger dans leur campement, assoupis et sans défense. Ils descendent même de la hauteur où ils étaient montés et vont se cacher au fond de la plaine, derrière certaines parties boisées.
Le vieux boucanier n'a pas perdu de vue leurs mouvements. Il a fait avertir par des enfants perdus, c'est-à-dire par des éclaireurs, tous les boucaniers du voisinage. A la brune, nos compagnons quittent en rampant, leurs tentes pour se répandre dans la forêt.
Ce qu'ils avaient prévu se produisit. A la pointe du jour les Espagnols arrivent sans défiance, croyant trouver les boucaniers sous les tentes, plongés dans le plus lourd sommeil. Mais quels cris s'élèvent tout à coup ! Les chasseurs de boeufs, armés de leurs fusils, débouchent de tous les points du bois. En un clin d'oeil les Espagnols sont entourés. Leur surprise même les paralyse. Monbars s'empare du cheval d'un cavalier qu'il a démonté. Il vole sur la plaine, massacrant tous ceux qu'il peut joindre et qui cherchent à fuir devant lui.
Un certain nombre d'Indiens accompagnaient les Espagnols, auxquels ils servaient d'éclaireurs. A la voix des boncaniers ils n'ont pas tardé à se tourner contre leurs maîtres. Ils reconnaissent Monbars leur libéraleur. Les voici rangés autour de lui, perçant de leurs flèches meurtrières les Espagnols, qui cherchent en vain à leur échapper.
Monbars a souvent dit que ce jour avait été le plus beau de sa vie. Il abattait des Espagnols par tas, entouré de ses chers indiens, à la vengeance desquels avait, dès les bancs du collège, voué sa vie entière.
Enfin un coup de canon retentit : Monbars comprend que ce signal le rappelle à bord du navire qu'il vient de quitter. Son oncle le reçut avec éloges. Les boucaniers s'étaient attachés à leur nouveau chef, et les Indiens, qui s'étaient ralliés à lui, ne pouvaient plus le quitter. Son oncle lui donna à son tour quelques marins avec le commandement du vaisseau récemment pris sur les Espagnols.

Monbars, extermine ses adversaires en mer, malgré l'inégalité des forces


Le premier combat de Daniel Montbars, l'exterminateur Voilà l'oncle et le neveu naviguant de conserve, chacun sur un bâtiment fortement équipé. Quatre grands vaisseaux de guerre espagnols les rencontrèrent. Malgré l'inégalité des forces, les Monbars acceptèrent le combat. Chacun des deux navires français eut ainsi affaire à deux redoutables adversaires. L'oncle de Monbars, pressé d'en finir, luttait avec vaillance. Mais, dans un dernier effort, son vaisseau heurta avec tant de force contre les deux navires ennemis, que tous trois se fendirent. Ce fut un fracas terrible, des crix affreux les trois vaisseaux s'engloutirent d'une masse dans l'océan.
Le jeune Monbars, au contraire, après avoir coulé un de ses adversaires, aborda l'autre et ne tarda pas à en devenir maître, en faisant jeter, par ses boucaniers, tout l'équipage à la mer. C'est ainsi qu'il se trouva à la tête de deux vaisseaux armés et montés d'une manière formidable, sur lesquels il continua sa terrible guerre d'extermination.
Contrairement aux autres flibustiers, Monbars ne se souciait point du butin. Il n'estimait le succès que d'après le nombre des Espagnols détruits. Cependant il n'était pas cruel. Jamais il ne mettait un ennemi à la torture; jamais il ne frappa un adversaire désarmé. Mais, quand, après un combat acharné, il voyait la savane ou le pont du vaisseau jonchés de cadavres, ses yeux noirs se remplissaient d'éclairs, et la fumée chaude montat du sang répandu lui donnait comme une suprême ivresse. Nous ne savons pas comment le héros finit, son historien OExmelin l'ayant perdu de vue dans les derniers temps de sa sanglante carrière.

Source : Les Brigands, par Frantz Funck-Brentano.



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