La mauvaise réputation des Haguais en fait également; en plus de fraudeur et contrebandier; des naufrageurs.
Aussi lit-on dans un rapport de la maréchaussée de Valognes en 1748 :
« C'est un pays de landes et de rochers, où l'on a pratiqué quantité de cavernes servant de retraites aux voleurs, assassins et fraudeurs, qui attendent avec assurance et tranquillité le moment favorable pour passer aux Iles voisines. Les plus grands chemins de ce canton sont de deux ou trois pieds, des deux côtés desquels se trouvent des précipices. Les habitants sont gueux, mauvais, fraudeurs insignes, et ne vivent que de brigandages. Il y a des paroisses où les commis aux aides et les employés dans les fermes ont été un temps considérable sans oser y aller ; ils n'y vont même pas encore volontiers.
Les naufrageurs, ces pirates sans bateau. Longtemps ils ont oeuvré par chez moi. Les feux qu'ils allumaients en haut du Nez de Jobourg ou de Castel Vendon étaient mortels pour n'importe quelle coque en bois, voire en métal.
Une fois la caréne eventrée, les naufrageurs attendaient patiement que la marée et le courant raménent à l'estran la cargaison, la charpente du navire etc etc. Cette pratique de ramassage s'appelait "le gravage", droit Normand encore en application en Angleterre.
Ainsi, lorsque l'on connait un peu les gens du village de Goury (la pointe de la hague) et que l'on est invité à rentrer dans les logis, on est surpris de constater que la majeure partie des piéces de bois composant la charpente, les planchers sont en vérité des mats, des vergues, des barreaux de ponts récupérés, piéces de bois qui présentent parfois des gravures faites à la pointe du couteau d'un marin; comme je l'ai vu de mes yeux vu.
Parfois, cette pratique tournait à la catastrophe pour le navire mais aussi pour les naufrageurs. Le gravage d'un bateau brisé allait décimer un hameau tout entier. La cargaison qu'ils avaient récupéré sur la plage; composée de balots de coton; était contaminé par un mystérieux virus. Les habitants furent tous tués par cette maladie et le hameau brulé puis rasé par les hameaux voisins.
Tantôt
