Les questions que tout le monde se pose à propos des pirates et corsaires
Une éclipse solaire pouvait-elle désorienter les marins en mer ?
R:
Pour se repérer en mer, les marins utilisaient notamment le compas, la navigation à l’estime et l’observation des astres. La hauteur du Soleil ou des étoiles au-dessus de l'horizon permettait notamment de déterminer la latitude. En revanche, connaître précisément la longitude était beaucoup plus difficile : il fallait pouvoir comparer l'heure locale à celle d'un lieu de référence, alors que les horloges suffisamment précises pour fonctionner à bord d'un navire n'apparurent que progressivement.
Pendant une éclipse, l'observation habituelle du Soleil pouvait donc être momentanément perturbée. Mais cela ne signifiait pas qu'un navire devenait soudainement perdu : le compas continuait de fonctionner, la route et la position estimées du bateau restaient connues et la phase la plus sombre d'une éclipse totale ne durait que quelques minutes.
L'effet pouvait toutefois être beaucoup plus impressionnant pour des marins qui n'avaient pas été avertis du phénomène. Lors d'une éclipse importante, le ciel s'assombrissait, la température pouvait diminuer et, pendant une éclipse totale, certaines étoiles devenaient visibles en plein jour. À une époque où les phénomènes célestes étaient parfois considérés comme des présages, une éclipse inattendue pouvait donc provoquer inquiétude et superstition parmi l'équipage.
Paradoxalement, une éclipse pouvait aussi devenir un précieux outil de navigation pour un marin suffisamment expérimenté. Un exemple remarquable concerne Basil Ringrose, boucanier anglais, navigateur et cartographe qui participa en 1680 à l'expédition de Bartholomew Sharp dans les mers du Sud. Le 12 septembre 1680, selon le calendrier anglais alors en usage (22 septembre dans le calendrier grégorien), Ringrose observa une éclipse solaire et s'en servit pour calculer la longitude de son navire. L'Oxford Dictionary of National Biography souligne que cette observation témoigne de son haut niveau de formation en navigation. L'ouvrage A Buccaneer's Atlas: Basil Ringrose's South Sea Waggoner, consacré à ses cartes et à son journal, indique également qu'il profita de cette éclipse visible dans le Pacifique Sud pour tenter de déterminer astronomiquement sa longitude.
L'éclipse observée par Ringrose était bien réelle : les calculs astronomiques modernes recensent une éclipse annulaire de Soleil le 22 septembre 1680, dont la trajectoire traversait le Pacifique. Près d'un siècle plus tard, un autre grand navigateur exploita le même principe. Le 5 août 1766, alors qu'il effectuait des relevés hydrographiques à Terre-Neuve, James Cook observa et chronométra une éclipse solaire. Ses observations furent ensuite communiquées par l'astronome John Bevis à la Royal Society de Londres. Elles furent publiées en 1767 dans les Philosophical Transactions sous un titre précisant que la longitude du lieu d'observation avait été déduite de l'éclipse. Ces exemples montrent donc quelque chose d'assez surprenant : une éclipse solaire pouvait troubler un équipage qui ne s'y attendait pas, mais entre les mains d'un navigateur expérimenté, elle pouvait au contraire contribuer à mieux déterminer sa position.
Ainsi, une éclipse solaire pouvait davantage désorienter les hommes que le navire lui-même… et pour certains navigateurs savants, elle devenait même une occasion exceptionnelle de se repérer..
Oui, mais surtout de façon temporaire et psychologique. Une éclipse solaire importante pouvait surprendre un équipage en faisant chuter brutalement la luminosité en pleine journée, parfois jusqu'à donner l'impression que la nuit tombait en quelques minutes.
Quand un boucanier utilise une éclipse pour se repérer
James Cook utilise lui aussi une éclipse
Un don encourage l'auteur à le faire évoluer !






