Les questions que tout le monde se pose à propos des pirates et corsaires - (image : Long John Silver dans L'île au Trésor - 1883)

Les questions que tout le monde se pose à propos des pirates et corsaires

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Question de Michael   - 23.07.2026
16 lectures

Les géants de l’IA sont-ils les nouveaux corsaires du XXIe siècle ?

R: Oui, par analogie, on peut comparer certains géants de l’intelligence artificielle à des corsaires modernes : ce sont des entreprises privées extrêmement puissantes qui poursuivent leurs propres intérêts tout en pouvant servir, directement ou indirectement, la puissance économique, technologique ou militaire de leur État.

Pirate ou corsaire ?

Historiquement, le corsaire se distinguait du pirate par un élément essentiel : l'autorisation du pouvoir. Alors que le pirate naviguait pour son propre compte et agissait en dehors des lois, le corsaire recevait de son souverain une lettre de marque, également appelée lettre de course. Celle-ci l'autorisait, en temps de guerre, à attaquer les navires ennemis et à s'emparer de leurs cargaisons. Le corsaire restait un marin et un armateur privé, mais participait indirectement à la puissance militaire et économique de son pays.

Le patron d'OpenAI Sam Altman (à gauche) et le président américain Donald Trump au sommet du G7 à Evian, le 17 juin 2026

De nouveaux océans

Au XXIe siècle, les océans ont bien changé ! Les grands acteurs de l’intelligence artificielle ne croisent évidemment plus au large à bord de frégates armées de canons ^^. Leur terrain d’affrontement est désormais numérique et technologique. Leurs « navires » sont constitués de centres de données, de réseaux informatiques et de puissants modèles d’intelligence artificielle ; leurs équipages rassemblent chercheurs, ingénieurs et spécialistes du numérique.

Au service des États

Le parallèle avec les corsaires devient particulièrement intéressant lorsque ces entreprises collaborent avec les gouvernements. Aux États-Unis, plusieurs grands laboratoires d’IA ont obtenu des contrats du Département de la Défense afin de développer des technologies destinées notamment à des enjeux de sécurité nationale. OpenAI (qui ont créé ChatGPT) a ainsi obtenu en 2025 un contrat pouvant atteindre 200 millions de dollars, tandis que Google (créateur de Gemini) et Anthropic (Créateur de Claude) ont également obtenu des contrats similaires. *1

Une lettre de marque moderne ?

Réelle lettre de marque instituant corsaire le capitaine Antoine Bollo, le 27 février 1809

On pourrait alors voir ces accords comme une sorte de lettre de marque moderne, même si la comparaison reste bien sûr symbolique. Autrefois, le souverain autorisait un armateur privé à mettre son navire et ses canons au service de la puissance nationale.
Aujourd’hui, un État peut faire appel à une entreprise privée pour mettre ses modèles d’IA, ses infrastructures et ses compétences technologiques au service de la défense ou de la cybersécurité. En 2026, OpenAI a par exemple annoncé l’intégration de ChatGPT à GenAI.mil, une plateforme sécurisée utilisée par le personnel civil et militaire américain. *2


Une nouvelle cargaison

La comparaison peut également être poussée du côté du butin et des cargaisons. Les corsaires recherchaient autrefois l’or, les marchandises, les armes ou les richesses transportées par les navires ennemis.
Dans l’économie numérique, la richesse essentielle est devenue l’information : textes, images, logiciels, bases de données, connaissances et contenus disponibles sur Internet peuvent servir à développer les systèmes d’intelligence artificielle.

Le trésor numérique

Ainsi, le trésor du corsaire moderne ne se trouve plus nécessairement dans les cales d’un galion : il peut prendre la forme de données, de puissance de calcul, de brevets, de modèles d’IA ou d’un avantage technologique sur les nations rivales.

Les limites du parallèle

La comparaison possède toutefois ses limites. Les entreprises d’intelligence artificielle ne sont évidemment ni des pirates ni des corsaires au sens historique ou juridique. Elles ne disposent pas de véritables lettres de marque et ne sont pas autorisées à piller des adversaires. Il s’agit surtout d’une image permettant de comprendre la relation parfois étroite entre des entreprises privées très puissantes et les intérêts stratégiques des États.

En une phrase :

Les géants de l’IA peuvent être vus comme les corsaires du XXIe siècle : des puissances privées qui naviguent sur les nouveaux océans numériques, recherchent leur propre profit et peuvent, lorsqu’elles collaborent avec un État, contribuer à renforcer sa puissance économique, militaire et technologique.

@ Sources :
*1 : war.gov - contracts-for-jun-16-2025
*2 : openai.com - bringing-chatgpt-to-genaimil



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